About Michel Chiha

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L'accord Monétaire

Indépendance de La Monnaie Libanaise

La valeur de la livre libanaise a été officiellement séparée du taux de change du franc français le 25 janvier 1944 après la signature de l’accord franco-anglo-libano-syrien par lequel le gouvernement libanais serait désormais libre de fixer ses propres taux. d’échange.

Le 24 janvier 1948, cette émancipation monétaire est formalisée par un accord franco-libanais par lequel le gouvernement libanais rachète le contrôle de tous ses instruments monétaires, y compris la liberté de couvrir la valeur de sa monnaie en circulation, et par lequel il obtient également certaines des garanties assurant sa liberté de choisir la base et/ou les éléments de comparaison de sa monnaie.

Enfin, le 24 mai 1949, un projet de loi monétaire est voté qui fixe non seulement la cohérence de la couverture financière mais engage également le gouvernement dans la pleine responsabilité de sa politique monétaire selon laquelle toute régulation monétaire, incorporée dans la charte de l’Organe d’émission depuis 1937, se sont dissociées des conventions entre le Gouvernement et la Banque Centrale…

Ainsi, à travers de tels engagements, le gouvernement libanais a obtenu les prérogatives essentielles pour établir sa propre politique monétaire et financière indépendante. Bien qu’elles n’aient jamais été clairement définies en tant que telles, compte tenu de la régulation financière instituée en 1944, on peut affirmer que ces prérogatives ont produit le canevas des « politiques libérales destinées à ériger Beyrouth en centre d’arbitrage international et d’opérations de change monétaire ».

Deux arrangements monétaires de base ont rendu cela possible. Premièrement, par l’éloignement progressif du marché des changes des restrictions du temps de guerre, et deuxièmement, en renforçant la monnaie nationale de manière à s’assurer qu’elle demeure un instrument relativement stable, voire un véritable refuge monétaire.

Malgré l’ambivalence législative et réglementaire, les réticences et les doutes, le programme a produit des résultats. Le consensus général actuel parmi les experts internationaux est que l’expérience monétaire libanaise, contre toute attente, est un succès et non seulement a soutenu le pays tout au long de sa période d’ajustement économique en temps de paix, mais a été l’instrument parfait pour le succès futur de son entreprise commerciale.

Néanmoins, bien que l’expérience soit considérée comme un grand succès, en regardant de l’extérieur et du point de vue de ces experts qui ignorent qu’il est impossible de prédire la balance des comptes et la balance des paiements d’un pays en se basant uniquement sur la des statistiques et des chiffres commerciaux et qui ont ainsi prédit que la monnaie était potentiellement instable, il est vrai qu’un certain nombre de facteurs, de problèmes et de théories inadaptés à un environnement particulièrement libanais ont produit des chiffres faussés, ce qui signifie, en termes impartiaux, que l’expérience ne peut pas être décrit comme un succès complet et retentissant.

En effet, pour mettre en place un mécanisme de libre échange des devises, préalable indispensable à la pérennité même du pays, la période de transition a dû être soigneusement gérée afin d’introduire progressivement un dispositif aussi délicat qu’un Marché libre, qui c’est pourquoi il a été réalisé en deux temps. La première étape consistait à maintenir une monnaie étrangère autour de laquelle pivoterait le taux de change. La seconde consistait en la mise en place d’un marché des changes entièrement libre adossé toutefois à un « Fonds de stabilisation des changes » destiné à être utilisé en cas d’abus.

La première étape a été très efficace et le maintien de la monnaie pivot n’était pas trop coûteux pour l’État puisqu’il reposait sur la vente occasionnelle de francs français à un taux artificiel et en permettant des échanges fixes dans d’autres devises. La deuxième étape était une autre affaire. Un marché complètement libre a été entravé par l’incapacité de ces régulateurs naturels du marché, les grandes banques, à intervenir à volonté, handicapées qu’elles étaient par le retrait de devises à un taux artificiel prédéterminé, en particulier lors de l’évolution des tendances du marché. Le Fonds de stabilisation des changes s’est avéré insuffisant en raison d’un manque de fonds nécessaires.

Il a été avancé qu’un marché entièrement libre impliquerait et supposerait une modification des accords passés entre certaines sociétés étrangères et l’Office des changes et permettrait à l’État de financer, à des conditions favorables, ses dépenses en devises ainsi que de renforcer sa couverture monétaire. En fait, cela ne s’est pas produit avec l’avènement de la liberté fiscale totale due en partie à l’action des régulateurs et en partie à des opérations de marché qui avaient tendance à stabiliser les choses.

En ce qui concerne le Fonds de stabilisation des changes, force est de constater que ses objectifs et son mode de fonctionnement n’ont jamais été bien compris et qu’il a été paralysé dès sa création alors même qu’il était essentiel de stabiliser les premiers pas d’une société pionnière nouveau marché libre.

Enfin, certains théoriciens très respectés n’ont pas « lu » la nature globale du marché libanais et ce qu’il offrait en termes de potentiel et, il faut ajouter, de réactivité. Déconcertés par la notion de « marché libre », ils ont élaboré des théories inquiétantes sur la convertibilité d’une monnaie, telles que le risque de porter à l’échelle internationale une monnaie majeure soutenue uniquement par son potentiel futur et ses comptes équilibrés et l’opportunité de le réintégrer (certains disent encore vouloir le réintégrer) avec une échelle de monnaies inférieure en le liant à un acteur étranger dominant…

Lettre

Légation du Liban en France

Ministère libanais des Affaires étrangères et des Expatriés

SEM H. Frangié

Paris le 4 octobre 1947

Au Président de la République Beyrouth

Monsieur le Président

Aujourd’hui s’est tenue la troisième réunion de la Conférence franco-libano-syrienne. La première rencontre, purement formelle, a été ouverte par M. Teitgen, vice-Premier ministre français et ministre des Affaires étrangères par intérim, qui nous a accueillis et a souhaité que la rencontre se termine par un succès afin de raviver nos anciennes relations cordiales.

J’ai répondu en nature en l’assurant de nos sentiments de bonne volonté et de notre espoir partagé de relations amicales avec la France. Khaled Bey a répondu plus ou moins aussi en nature.

Après l’échange de discours, M. Teitgen se retire, laissant à sa place M. Gazel, ministre plénipotentiaire français en Nouvelle-Zélande. M. Gazel, qui se trouve être à Paris et ancien président du Département des accords commerciaux du Quai d’Orsay, dirigera la délégation française, les candidats français réguliers négociant actuellement à Genève, Londres et New York. Il nous a demandé de lui soumettre les points que nous souhaitions négocier et chaque délégation a déposé ses propres points de discussion.

En notre nom, j’ai demandé que nous discutions de la question monétaire, de la gestion en temps de guerre du chemin de fer, de la raffinerie de Tripoli, de la main-d’œuvre libanaise, des émigrés à Dakar, du secteur des agrumes et de la question des participations dans des entreprises opérant au Liban mais ayant leur siège En France.

Khaled Bey a secondé les sujets qui avaient des ramifications mutuelles, a négligé les sujets jugés d’intérêt purement libanais et a annoncé à ma grande surprise qu’il chercherait à négocier un accord commercial.

Lors de la deuxième réunion, une liste en trois parties avait été dressée. Le premier comprenait des sujets à discuter par les trois parties et le second des sujets à discuter avec la Syrie seule.

Les Français ont demandé des arrangements concessionnels au nom des entreprises françaises, le paiement de certaines dettes impayées telles que le service téléphonique syrien, le coût de Radio-Levant, les frais engagés par les troupes spéciales et le règlement des possessions françaises.

M. Gazel a en outre demandé que chaque délégation discute des sujets qui l’intéressent mais en laissant de côté la question monétaire. Nous avons répondu que la question des devises devait être prioritaire, mais les Français ont soutenu que la question des devises ne pouvait être examinée qu’après que toutes les dettes en souffrance aient été acquittées de manière satisfaisante.

Bien que j’aie souligné que la question était avant tout une question juridique, ils étaient manifestement déterminés à ce qu’elle soit soumise à la résolution des dettes financières impayées, comme indiqué par eux dans l’ordre du jour initial. De plus, M. Gazel a déclaré avant la fin de la deuxième séance que la solution à la question monétaire […]

La première chose que nous avons abordée était la gestion du chemin de fer en temps de guerre. Après avoir perdu beaucoup de temps et une courte déclaration de Gébara, nous avons finalement réalisé que cela se résumait à une question de comptes mais que le montant exact en jeu n’était pas disponible car ils n’avaient pas encore reçu les sommes qui leur étaient dues par les Britanniques.

Le deuxième sujet sur lequel nous sommes passés était la raffinerie de Tripoli. Les Français étaient prêts à admettre qu’ils s’étaient engagés plus ou moins à 9 millions. M. Gébara est allé au-delà de l’accord avec l’émir Jamil Chéhab et a demandé que des droits de douane soient payés sur la part des produits de la raffinerie livrée à la consommation locale. Les Français ont ensuite arrangé avec l’émir Chéhab le partage des bénéfices dont une part de 57% serait attribuée au Liban et à la Syrie. J’en ai conclu que pour négocier au nom des deux pays, la Syrie devait avoir donné une sorte de mandat à cet effet. J’ai demandé un report et demandé des éclaircissements à Beyrouth.

Les Français ont constamment poursuivi leurs arguments sur le coût des troupes spéciales. J’ai vigoureusement refusé de m’engager avec eux sur cette question et j’ai répondu que le Liban et bien sûr la Syrie ne reconnaissaient pas une telle dette.

Cet après-midi, nous avons parlé de la question monétaire.

Nous nous sommes appuyés sur la correspondance échangée avec la légation de France à Beyrouth. Les Français ont soutenu que nous étions dans le désordre et j’ai soutenu que la question était académique mais qu’il y avait largement le temps d’aborder l’aspect juridique plus tard si nous n’arrivions pas à nous entendre mais en attendant la priorité était de discuter et de régler les nouvelles dispositions de couverture monétaire.

Nous devons nous réunir lundi à 16h00 pour continuer ce sujet. Je pense que nous allons nommer un sous-comité où j’ai l’intention de poursuivre la discussion. En attendant, je discuterai de la main-d’œuvre libanaise avec d’autres représentants tandis que les Syriens aborderont les questions purement syriennes avec les Français.

Après ces rencontres préliminaires et selon des sources sûres, je pense que les Français seront plus conciliants sur la question monétaire qu’ils ne l’auraient été sur les questions qui intéressent particulièrement la France, c’est pourquoi, pour notre bien, j’insiste pour que la Syrie Le gouvernement charge sa délégation d’adopter une position plus large sur les choses.

Ma crainte est que les Syriens se rangent du côté des Français sur les questions concernant les intérêts des entreprises françaises. Je pense qu’il faut rappeler aux Syriens qu’ils sont là pour négocier ensemble et qu’en aucun cas ils ne seront autorisés à éviter des négociations mettant en cause les intérêts de leur partenaire. Nous devons présenter un front uni déterminé à régler ensemble toutes les questions litigieuses pour mettre un terme définitif à toutes les frictions entre la France et nous, ne serait-ce que sur les plans monétaire, financier et économique. En échange de leur conformité, je pense que nous trouverons le Quai d’Orsay très désireux de parvenir à un accord avec nous, d’autant plus qu’il n’a pas le dernier mot dans ce qui est essentiellement une question de Trésorerie.

Ces derniers sont enclins à utiliser l’exemple anglo-égyptien comme précédent. Là, l’Angleterre a carrément demandé aux Égyptiens combien ils étaient prêts à contribuer au coût de la guerre et, à ce titre, dans quelle mesure pouvaient-ils s’attendre à ce que la dette de l’Angleterre soit réduite. J’éviterai cette voie et je crois que le Quai d’Orsay nous fera une proposition intéressante si elle est perçue comme étant dans l’intérêt général de la France à condition qu’elle puisse persuader le Trésor de suivre son exemple et surtout si elle produit des résultats concrets . Ce dernier est le point sensible des discussions et c’est sur ce point que je souhaiterais que vous interveniez personnellement auprès des Syriens pour que nous, ici présents, agissions plus librement.

Je dois admettre que la première approche n’était pas encourageante. Khaled Bey a commencé par dire qu’il attendait des instructions de son gouvernement et qu’il n’était pas libre de discuter ni de la question monétaire ni des accords commerciaux. Déjà sur nos gardes avec eux, son attitude a ajouté une certaine fraîcheur à la relation. Gébara, que vous connaissez si bien, n’a pas aidé non plus par ses intercessions. Néanmoins, lors de la réunion de ce soir, Khaled Bey a fait des bruits rassurants à l’égard du chemin de fer, ce qui est une bonne nouvelle pour nous et je suis sorti de cette séance plus optimiste qu’hier.

Comme Van Zeeland, je ne saurais trop insister sur le fait que notre priorité est avant tout de protéger la monnaie et quoi que cela puisse nous coûter en concessions sur d’autres questions, cela ne devrait pas nous en empêcher. Bien sûr, il va sans dire que je ferai de mon mieux pour que toutes nos préoccupations soient traitées avec le même zèle. Ce rapport n’est bien sûr qu’un tableau préliminaire au début de négociations qui ne manqueront pas d’être difficiles. Il est basé sur des impressions personnelles et quelques informations plutôt que sur des faits réels.

Permettez-moi maintenant, Monsieur le Président, de vous remercier pour les paroles très aimables que m’a transmises Emile Khoury. Arrivé à Paris seulement avant-hier, il m’assiste déjà dans pas mal de tâches. Je ne doute pas qu’il sera d’une grande aide.

Respectivement vôtre,

S.E. Frangié

Renouvellement du syndicat syro-libanais en 1953

En 1953, les relations commerciales libano-syriennes sont à nouveau à l’ordre du jour. Un an avant le décès de Michel Chiha, le président Camille Chamoun annonce le 28 octobre 1953 sa volonté de voir rétablie l’union économique entre la Syrie et le Liban. Un traité a été signé à cet effet le 5 mars 1953, renouvelé le 13 août de la même année et ensuite prolongé de six mois le 25 mars 1954.

Dans la galerie ci-dessous, vous trouverez une copie des réflexions de Michel Chiha sur le renouveau du syndicat syro-libanais.