About Michel Chiha

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Budgets Gouvernementaux

En 1926, Michel Chiha, député de Beyrouth est chargé de l’élaboration du budget du gouvernement de 1927 et 1928.

BUDGET 1927 – Points Saillants

…  » Nous n’avons pas un vieux système structuré qui remonte à cent ou même cinquante ans. Sans le bénéfice d’une procédure bien établie à utiliser comme pour les comparaisons, tout doit être nouvellement institué, c’est pourquoi l’effort semble écrasant et fastidieusement long. La priorité actuelle est d’élaborer une politique de la Terre et de l’Eau. Nous devons accroître notre production agricole et optimiser nos ressources en eau. Nous devons développer et exploiter nos sources naturelles d’énergie. Nous avons constamment besoin de plus d’hôtels, d’un meilleur réseau routier et d’un aménagement paysager urbain. Nous devons promouvoir la recherche archéologique, attirer une main-d’œuvre qualifiée et attirer davantage de visiteurs étrangers. Que ce soit sous l’égide d’un gouvernement ou dans le cadre d’initiatives privées, chaque citoyen doit non seulement être encouragé mais galvanisé dans l’action.

En l’occurrence, je propose la rémunération des employés publics et des fonctionnaires en particulier et plus généralement la rémunération des enseignants et ouvriers non qualifiés dont les salaires sont si bas qu’ils sont injustes pour ne pas dire pitoyables… « 

Membres de la Chambre des députés de 1926 et collègues de Michel Chiha (archives Chible Dammous)

Résumé du budget de 1929 Rapport à la Chambre des députés présenté par M. Michel Chiha

… » La frappe des pièces d’argent est nécessaire pour des raisons pratiques. D’abord parce que toute la région sous Mandat français non seulement connaît les pièces d’argent mais tient aussi à les conserver et ensuite parce que les pièces de petites coupures, dont l’usage est en réalité en déclin, nécessitent des remplacements fréquents et coûteux. Néanmoins, les petites pièces de monnaie ou la monnaie «publique», si l’on peut dire, doivent être abondantes et durables. »

Une autre raison tout aussi importante en faveur de la frappe de pièces d’argent est la survie continue localement du mejidieh, une pièce de monnaie étrangère qui, comme la livre turque, est soumise aux fluctuations du prix du lingot d’argent. Afin de remplacer le mejidieh par une pièce d’argent frappée basée sur la pièce de 10 francs français, il faudrait qu’elle contienne deux fois moins de métal précieux et soit moins dense que le mejidieh tout en possédant la même valeur.

Compte tenu des grandes quantités de mejidieh répandues dans tout le Liban mais surtout dans toute la Syrie, son remplacement est forcément problématique. En règle générale, les pièces de petite valeur nominale ne contiennent pas une quantité importante d’argent pur car, en tant que petite monnaie, elles ne sont pas tenues de représenter leur valeur nominale totale. Les gens sont obligés de se demander comment deux pièces différentes, l’une deux fois plus substantielle que l’autre, peuvent avoir la même valeur, ce qui conduit presque inévitablement à un manque de confiance dans la nouvelle pièce d’argent.

À mon avis, la seule solution au problème est de frapper simultanément une pièce d’or et une pièce d’argent, la première garantissant la seconde. Ce serait une erreur de distribuer dans l’ensemble des pays sous mandat une pièce déjà entachée de suspicion quoique fausse, car tout bien considéré, on pourrait par exemple frapper les pièces libano-syriennes proposées de 50 et 25 piastres dans un alliage bon marché de bronze ou de cuivre semblable à notre 5 jetons de piastres et ils valent toujours intrinsèquement plus que nos billets en papier. Cependant, au-delà du problème de la contrefaçon, les perceptions du public doivent être prises en considération.

Messieurs, j’ai abordé ce sujet vaste et très important car il est susceptible d’avoir un effet considérable sur notre économie, en particulier compte tenu de la stabilisation imminente du franc français et de l’imminence de la révision du budget de 1929. La seule conclusion possible est la suivante : la frappe des pièces d’or et d’argent est cruciale et à moins que les pièces d’or ne soient libérées à l’avance, les deux pièces doivent être émises simultanément.

L’argument selon lequel la France ne publiera pas de nouvelles pièces d’or avant 1932 n’est pas préoccupant car la nôtre serait une monnaie légitime adossée à l’or. La frappe d’une pièce d’or libano-syrienne peut confortablement précéder une émission d’or française sans effet néfaste. De plus, même si nos circonstances sont différentes, il serait dans l’intérêt des Libanais et des Français d’adopter cette approche.

…  » Bien que légèrement plus lourd que l’année précédente, le budget de 1929 ne se démarque pas. Comme ses prédécesseurs, il est parsemé de titres vagues et de brefs résumés donnant une impression d’ensemble d’un effort fragmentaire. L’introduction est sans substance et, par une absence totale de détails financiers, ne fait rien pour élucider ce qui devrait suivre. La Chambre doit simplement relever l’absence de chiffres économiques significatifs et encore moins de chiffres financiers pertinents. Il semble que nous n’ayons pas l’habitude de nous occuper de statistiques financières, ce qui n’est pas surprenant car elles sont laborieuses et demandent persévérance et conscience. Ce n’est certainement pas au-delà de nos capacités ?

Sans entrer dans les détails, il est généralement entendu que chaque département gouvernemental est intrinsèquement engagé dans la collecte et la communication de statistiques, d’où l’existence des Archives d’État. En raison de ce manque d’informations dans l’ensemble du domaine gouvernemental, nous ne pouvons pas dire où nous en sommes par rapport aux années précédentes et nous ne disposons pas non plus de documentation précise qui pourrait nous aider à le savoir.

Le fait est que les statistiques indiquent un état de progrès ou de régression, d’amélioration ou de déficit. Il est fortement recommandé que chaque année l’État publie ou aide à publier un rapport statistique annuel sur l’année précédente détaillant les recherches entreprises et les chiffres et résultats pertinents obtenus par les différents départements, ainsi que des cartes et des graphiques pertinents pour étayer l’information. .

Je fais référence à la natalité, l’évolution des chiffres de l’émigration, la superficie agricole, la superficie cultivée ou forestière, la superficie en jachère, les variétés de produits agricoles, les chiffres des récoltes, l’importance du cheptel, les recettes fiscales, le tonnage portuaire, l’évolution des importations, des exportations et des statistiques du tourisme étranger, les statistiques du tourisme des expatriés, les statistiques du trafic terrestre, notamment avec l’Irak et la Perse, les industries créées ou mises à niveau, les permis de concession et de recherche, le nombre d’écoles, le nombre d’enfants et d’élèves qui les fréquentent, et tant d’autres questions clés à la fois abstraites et concret dont personne ici ne sait rien ! Il n’y a pas de statistiques officielles ou de chiffres informels à présenter, pas bien sûr au grand public, mais à cette Assemblée ou même au Gouvernement lui-même, ce qui explique l’absence manifeste de cohésion ou l’absence de vision globale et même pas une conception générale de où en sont les choses. Dans ces conditions comment peut-on proposer un budget adapté ? Comment quelqu’un peut-il être efficace ? Comment peut-on gouverner ?

Bref, on peut produire un budget mais pas de bilan, ou on peut produire un très mauvais bilan basé sur un inventaire peu fiable. Je propose que le Gouvernement prenne comme exemple le rapport annuel soumis à la Société des Nations par l’Autorité mandataire. Il y a là une mine d’informations et un schéma directeur sur la façon de produire quelque chose de similaire que nous pouvons adapter à notre pays et aux besoins de notre pays.

Je m’excuse pour cette digression longue mais nécessaire avant de revenir rapidement sur quelques points du budget…  »

Michel Chiha

Publié dans Le Réveil, 14 & 17 décembre 1928

 

BUDGET 1929 – Points Saillants

… “ aucune preuve statistique ou chiffre informel n’est disponible pour être soumis, non pas au grand public, mais à la Chambre et au gouvernement lui-même, ce qui explique l’absence de cohésion, l’absence d’une vision globale, et même pas une idée générale de l’endroit où les choses supporter. Bref, on peut produire un budget mais pas de bilan, ou on peut produire un bilan très pauvre basé sur un inventaire peu fiable… “

… “ Au moins les trois quarts de l’eau du Liban se déversent directement dans la mer. C’est une extravagance insensée pour nous d’eaux usées de nos rivières et de nos sources quand nous avons besoin de chaque goutte. Nous avons de l’eau et pourtant nos terres agricoles sont ravagées par la sécheresse !

Notre priorité, pour l’instant, est de nous concentrer sur l’investissement dans des projets de production et rien d’autre. Un investissement de quarante millions de francs dans un système d’irrigation public apporterait chaque année quarante millions de francs de bénéfices à ce pays, d’autant plus que nous n’avons pas dépassé depuis longtemps l’agriculture de subsistance. Tout autre projet envisagé devra être reporté sauf cas d’extrême nécessité. Nous manquerions à notre devoir si nous n’avancions pas dans cette voie.

De nouvelles industries émergent au Liban, en particulier l’industrie du ciment facilitée par l’hydroélectricité. Cela indique une perspective positive pour l’avenir et une amélioration de notre situation économique. Nous ne pouvons plus compter uniquement sur notre industrie de services et devons passer à la fabrication. Désormais, l’État a le devoir d’encourager, par tous les moyens possibles, toute personne désireuse de s’engager dans l’industrie de la production… “

Les quatre années passées par Michel Chiha à la Chambre des députés l’ont doté d’une expérience constitutionnelle et fiscale considérable. Il est en effet appelé à entreprendre des missions fondamentales concernant l’infrastructure financière du pays et participe en 1941 à la création de la Bourse de Beyrouth.