About Michel Chiha

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Le Banquier

 » Je vous demande un instant d’indulgence pour expliquer mon parcours personnel. Je suis homme d’affaires de profession. Cela, comme vous le savez, décrit ceux qui traitent de grosses sommes d’argent ou encore ceux qui gèrent les finances de l’État. Les préjugés dominants dénigrent S’il n’y a pas d’objections, j’expliquerai ce soir pourquoi, bien que je ne sois jamais devenu banquier, je suis en fait et sans regret banquier et tout cela sans consciemment savoir comment cela s’est réellement passé. Il n’est pas toujours possible de choisir sa propre carrière, car nous nous retrouvons souvent à poursuivre l’œuvre de nos prédécesseurs dont nous sommes obligés de poursuivre le travail acharné avec la même détermination et la même certitude et de faire de notre mieux pour éviter les risques qu’ils ont initialement affrontés et surmontés. Alors que cette série de conférences, qui semblent autant porter sur le partage de confidences que sur l’enseignement, se termine ce soir, je pourrais expliquer sans trop approfondir le paradoxe et sans excès vous choquant, pourquoi je n’ai pas décidé de devenir banquier. Mais je ne le ferai pas. Ces choses sont aussi insignifiantes que d’essayer d’expliquer pourquoi quelqu’un n’aime pas les aliments gras ou épicés. Mais avant d’aborder les contraintes imposées par le destin d’un homme, par les choix de carrière qui s’offrent à la jeunesse d’aujourd’hui ou par les préférences individuelles dans le choix de l’emploi, je voudrais décrire à ma façon le portrait d’un financier.

Soyons clairs, le monde de la banque et de la finance au Moyen-Orient dans son ensemble et au Liban en particulier avec ses citoyens entreprenants prêts à voyager jusqu’au bout du monde à la recherche de trésors et contrairement au monde financier de l’Occident, a une nette tendance à se surgonfler.

Il faut parfois aider à le dégonfler un peu, pour son bien. D’un autre côté, il est également vrai qu’il a la cruauté nécessaire pour démonétiser individuellement les valeurs financières conventionnelles chaque fois qu’elles vont à l’encontre des intérêts du pays. Je voudrais m’attarder un instant sur le Banquier et plus largement sur le Financier car c’est ce genre d’homme qui a construit les galeries d’art et les empires et même quand la chance a tourné, comme les palais royaux après la chute de la monarchie, leurs monuments restent debout. Un banquier ou un homme de la finance n’est pas nécessairement apparenté à Crésus. Il pourrait simplement être un technicien financier talentueux. Un banquier qui réussit n’est pas nécessairement couvert d’or et n’est pas non plus un mammoniste sans réserve. Les origines de la profession résident dans la vertu d’avoir été d’abord un acte de foi commune. Un banquier est essentiellement un homme de « croyance » ou de conviction ; un homme de confiance au même titre que l’épargne nationale est confiée à des banquiers. Ainsi, un banquier est avant tout quelqu’un qui incarne la confiance. Ainsi, je crois que j’ai été juste et franc dans la description de mon occupation principale. Je le deviens encore plus en ajoutant qu’en cherchant à élargir ses horizons, une banque englobe une variété de possibilités d’emploi honorables, des domaines d’intérêt étroitement liés et des professions complémentaires ainsi que toute la gamme des sciences économiques, politiques et sociales qui conduisent à une meilleure compréhension du monde qui nous entoure et à la nécessité de trouver une philosophie personnelle de la vie à travers la pensée intellectuelle qui mène finalement à l’appréciation de l’art et de la poésie. »

“Carrières”, M.C., La revue des deux mondes, 2, 1945